Elle se levait , comme à son habitude, en même temps que le soleil, aux alentours de six heures et quart, au matin. La bouche pâteuse et les mains sèches, elle sortait une cigarette qu'elle enfonçait négligamment sur le porte-cigarette l'accompagnant, et la fumait sans penser, faisant les cent pas dans sa chambre, sans même avoir ouvert la fenêtre. C'était devenu une habitude, finalement. Elle fumait, se brûlait les poumons à coup de tabac et recrachait son tueur d'une manière provocatrice et passionée sur sa bouche demaquillée la veille. Elle ne prenait pas la peine de jeter ses mégots dehors, ils s'éparpillaient un peu partout sur le sol de ses nuits, et elle s'en fichait. Elle ouvrait son armoire, prenait les premiers sous-vêtements qu'elle trouvait, jolis en général, aguicheurs, invoquant la luxure dans la dentelle et la finesse. Et puis, elle enfilait des vêtements souvent beaux, et chers. Souvent particuliers, souvent personnels et innovants, à son image. Elle courait rougir ses lèvres, noircir ses yeux et parfumer sa peau. Elle ne mangeait pas, et s'y plaisait bien. Elle était maigre, et belle. Fragile, et imposante. Un ange de l'enfer, un démon du paradis, le plus beau des mystères. Elle enfilait sa veste chaude et large et sortait dans le froid orangé de l'automne, le sac sur l'épaule. Souvent, elle tirait sur le porte cigarette une autre tueuse et la savourait étrangement bien plus que la première. Elle se trouvait belle, charnelle et envoûtante, et elle avait raison. Elle était belle, charnelle et envoûtante. Pleine d'une passion qui appelait à la luxure, par les moues boudeuses qui s'affichaient sur ses lèvres galbées , pulpeuses, et charnues. Son corps fin et élégant les faisait languir d'amour et de désir sous l'imposant personnage qui s'amenait à eux, dans un charme maléfique. Elle était la catin , l'ange, la reine, le diable et la déesse. Elle les jugeait tous et toutes avec un petit sourire amusé, et quelques regards moqueurs. Elle était cruelle. Cruelle par les expressions et les gestes. Sa simple présence les rendait toutes folles de jalousie, de honte, d'amertume et de regret. Ses regards les achevaient. Toutes les filles, les jeunes, les femmes, les vieilles, se taisaient, et marchaient, tête basse face à ce charme suprême, à ce désir trop puissant qui émanait de l'apparition. Car, tous, êtres des deux sexes la désirait, tant elle était plaisante, tant elle était désirable. Et tous la haïssaient, tant elle était détestable. Sa vie se résumait aux sept péchés capitaux : La luxure, en premier lieu, du sexe, tout le temps, du sexe égoïste et cruel. La gourmandise, la gourmandise du mâle et de la femelle, la gourmandise du corps, et de la chair, la gourmandise de la beauté, qu'elle cultivait dans le champ de son propre corps. L'orgueil, à la folie, passionément, une fierté plus puissante que celle des hommes prétentieux et imbus, une fierté de reine, une fierté de mythe, un orgueil d'inhumaine . La paresse, l'ennui, la lassitude, elle ne faisait rien pour les autres, elle seule comptait, elle ne levait pas un doigt pour le monde et la vie, elle déambulait dehors, sans ambition ni passion autre que celle de son propre être. L'avarice, car elle était avare, comme la beauté elle cultivait l'argent, vivant de pièces très chéres, d'objets d'or, et de bijoux de cristal, tout n'était que luxe, luxe pour elle seule, son propre luxe, sa propre richesse . La colère, tout n 'était que colère, de la colère digne des plus grands ouragants de leur maître, une colère d'orage, une colère de monstre, une colère de harpie et de gorgone, de sorcière et de cyclope, une rage folle pour une si belle personne, ses regards pouvaient tuer . L'envie, à chaque chose qu'elle désirait, chaque objet pour qui elle témoignait un semblant d'intêret devait entrer en sa possession, chaque être pour qui elle témoignait un semblant d'attirance devait entrer en ses bras et son corps, chaque chose qu'elle voulait, elle l'obtenait, c'était ainsi, et ce ne pouvait être autrement. Plus belle encore que la Esmeralda d'Hugo, et que chacune des muses de Baudelaire, elle faisait peur, et rêver hommes et femmes.
C'était un monstre, un ange, une pute, un mystère, un miracle .